David Lynch, USA, 1980

Elephant man raconte l’histoire vraie de Joseph Merrick (John Hurt), atteint d’un syndrome de Protée, exhibé comme curiosité anatomique dans les années 1880, puis pris en charge dans un hôpital londonien par le médecin John Treeves (Anthony Hopkins). Opposant les corps corsetés de la société victorienne et ceux machiniques de l’industrialisation à son apogée, le film permet d’aborder une multitude de questions à l’articulation entre normes sociales et normes médicales.

Il permet de jeter un regard historique sur les représentations mythiques, philosophiques et sociales du monstre – jusqu’à son exploitation dans les foires des 19ème et 20ème siècles (déjà montrée dans Freaks de Tod Browning en 1932).

Il permet aussi d’interroger la perception de l’anomalie et de la difformité dans la relation de soin. Quels affects surgissent face au corps monstrueux, au corps mutilé, décharné ou reconstruit ?

Enfin, la relation médecin-patient qui évolue ici vers une relation d’amitié permet de penser les différentes fonctions du soin. Si la relation entre Treeves-Merrick a une signification élective et affective (c’est la rencontre de deux hommes qui s’estiment et s’apprécient), elle dévoile également les points de recoupement entre le soin et l’amitié, au sens de la philia grecque : compréhension et accompagnement vers l’accomplissement de soi, puissance d’inclusion et de transformation sociale et politique. Elephant man met aussi en scène une relation d’amitié politique : une relation réciproque et désintéressée entre égaux, orientée à la fois vers la libération des individus à l’égard de certaines normes sociales et vers le bien de la Cité.

 

 

 

 

 

 

 

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